Pollution nocturne

l'original journal d'une midinette qui vit la vie d'une pute

23/11/2010

23/11/10 - 03:24

Master Monster et l'aspirateur

 


Il a fallu que je me lève à dix heures pour faire le ménage avant leur visite. Ma mère est une obsessionnelle de la propreté, j'essaie d'éviter au mieux les critiques. Dix heures, ça n'a l'air de rien mais c'est tôt pour moi, j'ai du faire sonner un réveil, ça m'arrive trois fois par an. Je suis fatigué, je ne parviens pas vraiment à sortir de ma torpeur et je me sens très irritable.


Dès qu'ils sonnent à la porte, ça ressemble à une invasion. Je ne m'attendais pas à ce que ma sœur amène sa fille de deux ans. Ça devrait me faire plaisir, on attend clairement que je m'extasie mais ça m'indiffère. Je ne l'ai vue qu'une fois ou deux, je ne sais plus mais ça aurait pu suffire, je me sens si étranger à sa mère comme à elle.


Je vis seul, je suis seul la plupart du temps dans un certain silence et la voilà qui court partout. Ses petits pas sur le parquet du couloir arrivent à produire un bruit incroyable, son charivari m'exaspère, ma tête va exploser et je ne peux m'empêcher de lancer une remarque acide :


- Elle est très mignonne mais quand je la vois, je suis content de ne pas avoir d'enfant.


Je réalise ce que je viens de dire en découvrant la moue de ma mère.


- Pfff... Elle est adorable. Il faut bien qu'elle bouge, elle est pleine de vie.


- Oui, elle est adorable et c'est normal qu'elle bouge mais ...


Qu'elle bouge ailleurs... Je ne crois pas l'avoir ajouté mais je ne peux jurer de rien.


- Disons que ... toute la journée, ça me fatiguerait.


La petite se moque de mes commentaires, elle continue de parcourir l'appartement, ma sœur la poursuit en laissant des trainées noires sur le sol et le nez de mon beau-père se met à saigner, inexplicablement.


- Tu n'aurais pas du coton ?


- Non ...


Je lui donne des mouchoirs et je fais mine de m'inquiéter. Il s'en sortira sûrement et une fois qu'il a souillé mon lavabo, il revient s'asseoir sur une des chaises de jardin inconfortables qui trônent dans mon salon/cuisine. Je pose des questions de circonstance. Je n'écoute pas vraiment les réponses, j'essaie seulement de faire taire le silence qui veut s'installer. Cependant, je ne suis pas d'humeur à y mettre beaucoup de conviction. Qu'est-ce qui les intéresse ? Qu'est-ce que je pourrais dire ? Trente quatre ans n'ont pas suffi à trouver une réponse. Chez moi, il n'y a aucune télé allumée, aucun jeu, aucune échappatoire, seule la radio de mon vieil ordinateur joue des morceaux inconnus, eux aussi ennuyeux.


Comme un écho à mes réflexions, ma sœur demande subitement :


- Tu ne t'ennuies pas à vivre seul ?


Pour lui répondre, j'emprunte les mots d'un autre qui vantait ainsi son célibat :


- Je ne vivrais avec quelqu'un pour rien au monde. Je ne pourrais plus cuisiner un cassoulet à quatre heure du matin, si bon me chante.


Ça ne la fait pas rire, elle me regarde sans la moindre expression, j'ajoute donc :


- Je n'ai de compte à rendre à personne, je suis libre. Ça a un prix...


Est-ce que j'ai employé une langue étrangère ? Est-ce que j'ai cru m'exprimer à haute voix mais ça n'aurait été que dans ma tête ? Il faut que je trouve très vite des mots qui ont un sens.


- Et puis, je ne passe pas non plus ma vie entière seul, il m'arrive de voir du monde... Des amis.


Personne ne réagit mais c'est pourtant vrai. Ces derniers temps, c'est de plus en plus rare et pour la première fois de ma vie, je ne suis pas très loin de partager pleinement l'avis du garçon au cassoulet mais j'ai encore quelques copains, je le jure.


Ma mère me fait remarquer que la petite a faim. Je n'ai même pas un gâteau à lui offrir. Si on excepte le contenu de mon réfrigérateur, il me reste très exactement sept euros et cinquante centimes pour manger jusqu'à la fin du mois. Si je le disais à ma mère, je pense qu'elle ne me croirait pas ou qu'elle me servirait sa sentence favorite :


- Trouve un travail.


A vrai dire, je n'éprouve qu'un embarras très léger à ne pouvoir les inviter à déjeuner mais elle vit dans cet univers parallèle, celui des chips, des Chocapic et des plats cuisinés, où se nourrir n'est jamais un casse-tête et il n'est pas concevable qu'un paquet de gâteau puisse être inaccessible. Elle n'a jamais été riche mais je l'ai toujours connue surconsommatrice, je n'ai aucune critique à formuler à ce sujet mais je ne l'envie pas non plus. J'ai fait le choix de ne pas travailler, j'essaie de l'assumer sans jalouser les autres mais je n'avais pas conscience que ça isolait à ce point là. Vivre ainsi de son propre chef c'est entrer dans une nouvelle dynamique, ça va plus loin que le porte-monnaie, c'est un changement profond de perspectives, une autre manière de vivre. C'est un isolement parce que souvent, lestravailleurs ne vous comprennent pas : leurs envies, leurs rêves, leurs valeurs sont trop différents. C'est une barrière de plus entre ma famille et moi. Je pense qu'à leurs yeux je suis un fainéant et aujourd'hui je me demande s'ils ne me voient pas aussi comme un radin. A les côtoyer, je ne me sens pas différent, je me sens inacceptable.


Le silence revient sans cesse, la gène est perceptible. Je voudrais leur montrer que je ne suis pas un monstre, j'essaie de prêter attention à la gamine et alors je me déteste de me trahir de la sorte. Au fond, elle ne m'intéresse pas et lorsque ma mère bêtifie en m'appelant son « tonton », je me sens extrêmement mal à l'aise. Pour moi, elle est et elle restera un enfant parmi d'autres.


Après une petite demi-heure en ma compagnie, ils décident de repartir. Je ne les retiens pas, je suis reconnaissant de cette libération anticipée. Devant la porte, ma sœur s'excuse du bout des lèvres d'avoir recouvert le sol de traces noires. Telle un fauve affamé, ma mère bondit sur l'occasion :- Ton frère a tout le temps de le nettoyer.


Vindicatif, je grogne que je préfèrerais l'occuper à autre chose puis je retrouve mon semblant de calme pour les inviter à être prudents sur la route.


- Tu nous accompagnes jusqu'à la voiture ?


- Non...


Dès qu'ils sont enfin de l'autre côté de la porte, je ressors ma serpillère en les maudissant. Je suis dans un piteux état, je me vois encore à travers leurs yeux et c'est un monstre qui se dessine : seul, ennuyeux, triste, fainéant, antipathique et radin.


Après avoir remis en question tout ce que je suis, je me promets de ne plus faire aucun effort pour ma mère, de ne pas lui répondre quand elle me téléphonera et de prendre encore plus de distances avec elle. Je fais chauffer le morceau de lapin en sauce qu'elle a gentiment apporté dans un bocal. Je ne sais pas si c'est mon manque d'appétit après cette visite mais il se révèle très fade et je ne prends aucun plaisir à le manger.


A peine ai-je fini que l'horrible sonnerie de mon interphone retentit. Ce n'est pas une surprise, j'ai rendez vous avec un ouvrier qui vient fixer au mur un de mes radiateurs. Je découvre en ouvrant la porte, un petit brun plutôt costaud d'une trentaine années - peut-être moins - qui sourit chaleureusement. Je le trouve d'emblée sympathique et attirant. Nous échangeons quelques mots pendant que je le conduis dans le couloir. Comme tout à l'heure, il s'agit seulement de phrases convenues pour être diplomate mais je ne ressens pas avec lui cette gène si pesante, ce sentiment que nos différences sont inconciliables.


Il se met au travail. Je me demande un moment s'il est d'usage de lui tenir compagnie mais je finis par retourner à mon ordinateur pour le laisser tranquille. Quand je viens le retrouver après une dizaine de minutes et que je le vois affairé, assis par terre en tailleur, ce spectacle me trouble légèrement, la position me semble familière, presque amicale. Debout derrière lui, je regarde un instant sa nuque puis ses bras dénudés, poilus qui révèlent le début d'un tatouage au motif indéfinissable et qui m'évoque la Prison. Je ressens une pulsion de tendresse et j'ai très envie de passer ma main dans ses cheveux. Ils ont l'air doux, c'est intrigant. Comment réagirait-il ? Il aimerait peut-être ça, est-ce si inconcevable ?


Je m'agenouille à côté de lui et je parviens à le faire rire avec quelques formules. Quand le silence revient, il n'est accompagnée d'aucune gène et je n'essaie pas de le faire fuir. Je réalise qu'en présence de cet inconnu, je me sens simplement bien. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une rencontre, il va repartir dans quelques minutes et je ne le reverrai jamais mais il est là, comme une réponse. Je ne suis pas monstrueux, nos différences ne sont pas forcément des murs insurmontables. Ma famille et moi, nous ne nous comprendrons pas mais le monde entier n'est peut-être pas mon ennemi.


Avant de s'en aller, le gentil brun me demande si j'ai un balai pour nettoyer les quelques saletés qui sont tombées sur le sol.


- Vous prenez pas la tête, je vais passer un coup d'aspirateur.


Je trouve l'attention charmante mais c'est définitivement ma journée de ménage.



(Parce que pour un utilisateur de PC, Microsoft n'est pas une fatalité, ce texte a été écrit avec Open Office sur un système d'exploitation Ubuntu. Je le précise car après deux tentatives avortées l'année dernière, j'ai vécu ma récente migration sur Linux comme une victoire, celle de mes idéaux sur mes habitudes.)


 


 


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16/11/2010

16/11/10 - 03:23

Doktor Joaquim

 


Je croyais l'insulter, l'humilier, le traîner plus bas que terre. Je pensais qu'on allait rester figés dans nos rôles respectifs. Il serait le soumis, moi le sadique. Doktor Joaquim. Et la radio jouerait du Wagner. Cette histoire m'a excité des journées entières. Je me réveillais en y pensant, je peaufinais les détails, trouvais LA position d'inconfort, l'insulte qui fait mouche puis remettais la virgule à la bonne place. Ca m'effrayait aussi, j'avais le trac comme un comédien à la veille d'un grand rôle et cette éternelle question m'obsédait : allais-je être à la hauteur ? D'autres encore. Est-ce que j'aimerais ça, finalement ? Etait-ce le début de ma carrière dans la domination hard ou le chant d'un cygne à peine éclos ?


Un fantasme qui doit rester tel pour continuer d'exister ?


Ca ne s'est pas du tout passé comme je l'imaginais. Ce n'était pas décevant mais différent. Il m'a fait remarquer que je prenais cette comédie trop au sérieux en glissant «on s'amuse, c'est tout». C'était un excellent résumé. Nous étions deux grands enfants qui jouent au docteur, il n'y avait vraiment pas de quoi en faire un plat. Ce qui aurait du être le plus sophistiqué, le plus compliqué de mes cinq à sept se révélait plus reposant que tout ce que j'ai pu vivre dernièrement. Il y avait dans cette libre interprétation d'une visite médicale sadomasochiste plus de respect, de part et d'autre que dans le sexe ordinaire, souvent sans saveur, pratiqué presque toujours avec de pauvres hères que rien ne sauve.


La représentation lui a plu. A moi aussi mais principalement pour d'autres raisons. Son corps était un rêve mais surtout, il était simple, j'ai tellement besoin de ça. Pas cette simplicité que certains prétendent incarner et qui n'est qu'un habit, une manigance. Lui n'avait rien derrière la tête, il était nu devant moi, nu sur mon parquet, à quatre pattes, comme un taureau qui attend la dernière estocade sans illusion, ni même une intention. Alors que le rideau menaçait de s'écrouler, je lui ai tendu un petit récipient et lui ai demandé de me fournir un échantillon sans plus attendre.


Je méritais un peu de repos, je me suis couché et simple spectateur, je l'ai regardé procéder.


Quand il est parti, je me sentais bien, si calme, presque comblé. J'avais trouvé des réponses à mes questions. Il n'y avait pas de choix à faire, pas de prochaine spécialisation de ma sexualité, pas de révélation mais une alternative de plus à emprunter selon l'envie.


J'avais faim, plus encore qu'avant, de nudité, de vérité et d'absolu.


 


 


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29/10/2010

29/10/10 - 15:49

Inflation

 


Si les PIB pouvaient voler, Rachida Dati ne serait peut-être pas le chef d'escadrille mais elle a les qualités nécessaires pour le suivre de très près.

24/09/2010

24/09/10 - 18:42

La vie rêvée des félins (my tiger is rich)

 


Saviez-vous que les tigres qui enfantent en captivité refusent de s'occuper de leur progéniture ? Je crois personnellement qu'ils préfèrent la laisser mourir que lui offrir en héritage une vie derrière des barreaux, je pense que les animaux choisiraient tous de laisser s'éteindre leur espèce plutôt que de troquer leur liberté contre une survie misérable, aussi abondants soient la nourriture qu'on leur propose et l'espace entre deux grillages.

A l'exception des chiens...

Je ne les aime pas beaucoup. Au fil de mon enfance j'en ai pourtant rencontré quelques uns pour qui j'ai eu de l'affection mais je ne comprends pas qu'on puisse choisir d'être des esclaves aussi dociles, qu'on n'essaie pas de s'enfuir à la première occasion.

Parfois dans la même maison, les félins les observent eux aussi d'un oeil dédaigneux. Il est vrai qu'ils ont inventé le mépris mais essayez de demander à un chat de vous rapporter une balle, de chasser pour vous ou de tirer un traîneau pour emmener vos enfants à l'école. Imaginez leur regard. Les chats vivent parmi les hommes de leur plein gré afin de s'assurer un confort : de la nourriture, des caresses, un toit mais jamais ils ne trahissent vraiment leur nature, jamais ils n'abdiquent. Ils profitent et s'ils chassent des souris même le ventre plein c'est simplement parce qu'ils aiment ça, pas pour vous rendre service.

Je pourrais les regarder vivre des journées durant. Qu'est-ce que les chiens ont à raconter, eux, aux pieds de leurs mémères ?

Je ne voudrais pas qu'on me taxe d'inviter par ce texte futile à une quelconque haine raciale, ce point de vue est très subjectif.

Je suis peut-être aigri et une misanthropie encore partielle me pousse à délaisser les humains. En ce moment je regarde beaucoup de documentaires animaliers, ils me passionnent et me reposent. Ils relativisent aussi mes propres soucis et mes interrogations spirituelles. La vie sauvage est ponctuée de drames et quand on voit à quel point la Nature est cruelle, on se demande bien à quoi peuvent servir nos prières, pourquoi l'Univers, Dieu ou des anges gardiens seraient plus cléments à notre encontre qu'envers des êtres qui ne font jamais que suivre leur instinct.

Tous ces films n'aident pas à apprécier les hommes. Je ne sais pas si nous détruisons vraiment la planète mais il est manifeste que nous saccageons celle des autres animaux, leurs espaces vitaux, leur santé, le plus souvent par avidité. Je veux croire que quand la Nature se sentira trop menacée, elle nous éradiquera d'une pichenette. Bye, bye, superprédateur super présomptueux.


 


 


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02/07/2010

02/07/10 - 16:45

Turista (diarrhée du voyageur)


Je suis en train de faire la vaisselle, je pense être dans mon appartement quand je découvre un grand évier qui donne sur un jardin encerclé d'une haie verte particulièrement haute. Ca fait des mois que je vis ici, comment ai-je pu ne pas remarquer tout ça ??


Je me sens particulièrement bien dans cet endroit, libre et protégé des regards. C'est visiblement une maison mais j'y suis comme chez moi.


J'ai raconté ce rêve à Racoon sur Internet. C'était un peu pathétique, j'avais besoin de confier à quelqu'un le sentiment d'avoir eu une prémonition et il était le seul interlocuteur disponible dans « ma vie ».


Il n'y a rien vu de particulier et son discours m'a énervé :


« Les rêves sont utiles. Même les animaux rêvent ... »


Cette simple contradiction a remis en cause mon envie de le rencontrer. Il semblait se faire la voix de tous les réalistes, porte-parole de cette époque matérielle ou tout est passé au crible de la Science et des statistiques et ne reste plus de place pour la poésie et l'Extraordinaire.


J'ai besoin d'air, je voudrais que ce rêve soit un cliché de mon futur dans une autre vi(ll)e.


Déconnexion, j'ai marché dans les rues, comme toujours mais cette fois en me forçant à sourire. Je ne veux pas ressembler à tous ces gens ternes que je croise.


Daniel me disait l'autre soir que je ne savais pas encore me positionner par rapport aux autres.


Peut-être dois-je les regarder comme si je ne faisais pas partie de leur communauté, comme un touriste ou pire, comme s'ils étaient des insectes.


J'espère rêver encore cette nuit et que je m'en rappellerai. J'espère que l'Univers m'enverra des messages.


 





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26/06/2010

26/06/10 - 01:24

RAW


Des hommes ont réussi à faire croire à d'autres pendant des milliers d'années que leurs organes génitaux devaient être cachés, que c'était mal de montrer ou de regarder ces parties honteuses, des gens qui se prétendent athées et intellectuellement supérieur continuent de laisser ces idées diriger, emprisonner leur vie. C'est un détail, à bien des égards le monde des hommes m'est insupportable et j'aimerais ne plus jamais le revoir.


Tes chevilles sur mes épaules, tes chevilles ou celle d'un autre, le sexe nous offre un instant d'oubli. Il abolit les classes, les uniformes, les barrières. Quelle importance que nous n'ayons rien à nous dire ? Le sexe nous offre quelque chose à partager, il nous réunit. Tes chevilles sur mes épaules, tes chevilles ou celles d'un autre, le reste n'a que peu d'importance. Je n'ai pas d'autre objectif que de te faire gémir encore. Je veux laisser mon cerveau au vestiaire, le plus possible, je veux n'être que l'animal. Sur 34 ans de vie j'en ai passé dix à dormir mais combien à baiser, à me masturber, à chercher du sexe ou à y penser ? Les hommes n'ont que ça en tête, je n'ai aucun mal à le croire et si c'est différent pour les femmes, ces créatures obscures, à quoi diable occupent-elles donc leur esprit ???


Laisse tes chevilles sur mes épaules, « ne fais pas ces yeux furibonds », nous espérions un transport amoureux mais ... pouvons nous prétendre à une fusion plus remarquable que nos deux corps enchevêtrés, que ces mouvements improvisés dignes d'une chorégraphie ? Tout coule de source entre nous, c'est notre part d'osmose.




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08/06/2010

08/06/10 - 01:57

Beautiful friend(s)



Je vais bien maintenant. Je ne vous écris plus parce que je n'ai pas le temps, mes journées coulent comme du miel sur des joues gourmandes. J'ai déménagé, je vis dans un petit village ensoleillé et j'ai découvert le plaisir de faire partie d'un groupe, d'une « bande ». Je me tiens toujours un peu à l'écart, j'observe mais les autres m'envisagent avec bienveillance, ils m'apprécient. Que c'est étrange de se sentir à sa place, comme le rouage d'un mécanisme qui n'attendait que vous. Je pense que nous allons devenir de vrais amis. Parmi eux, il y a un blondinet que j'appelle « Robocop 3000 » à cause de la froideur qu'il affiche constamment. Quand je lui ai confessé ce surnom, j'ai eu la surprise de le voir enfin sourire et c'était chaud en moi. J'ai maintenant un jardin et à la tombée de la nuit, je sors une chaise et je regarde les étoiles apparaitre une à une. Je cueille du tilleul, je vis des choses simples, j'avais passé ma jeunesse à fuir mon bonheur dans le sophistiqué. Je me sens tellement bien, je ne pensais pas que ce serait possible un jour et quand j'ouvre les yeux pour retrouver cet univers dévasté, je garde en mémoire que tout ça n'est qu'une partie des choses, la mauvaise, je repense à cet autre monde, cette dimension parallèle qui échappe à nos consciences atrophiées, je sais que le Beau existe quelque part et qu'à tout moment je pourrai le rejoindre en fermant les yeux très fort.


Ces quelques mots feraient une jolie conclusion mais je n'en ai pas fini avec vous, commencez d'abord.



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07/04/2010

07/04/10 - 14:31

Le reptilien


Je me réveille en sursaut et le découvre debout dans la pénombre en train de m'observer. Est-ce un prédateur ?!! Je suis pris de panique, je crois même que j'halète en lui demandant :


- Mon dieu, qu'est-ce que tu fais là ?!


- Je te regardais dormir.


Il sourit et continue de me scruter avec une tendresse horripilante. Mon cœur va exploser, j'ai envie de le chasser à coups de balai.


- Tu m'as fait peur !


- Je vois ça.


Il minaude et vient m'embrasser dans le cou en se collant contre moi.


- Tu me fais rire !


Ses lèvres m'insupportent, ses mots sont monstrueux, c'en est trop, je veux qu'il parte, je le repousse en tentant de refreiner mon agressivité.


- Ecoute, j'ai dormi deux heures, je suis mort de fatigue et j'ai n'ai qu'une envie : me reposer encore. Ne m'en veux pas mais je ne suis pas d'humeur câline, pas le moins du monde.


- Ah ... Tu dors depuis deux heures ? C'est marrant, moi je suis REVEILLE depuis deux heures.


- Pourquoi tu ne t'es pas levé ?


- Je ne voulais pas te déranger.


Moi, je ne voulais pas qu'il dorme ici. Je lui avais d'ailleurs proposé de venir « passer un moment » avec moi pour cette raison, pensant qu'il comprendrait le sens de cette phrase. Juste un moment... La dernière fois qu'on s'était vus, sa conversation m'avait assommé mais j'avais apprécié ses caresses, allant même jusqu'à les trouver hors du commun. Ce soir cependant, cinq minutes en sa compagnie avaient suffit à me donner envie qu'il décampe.


Ca avait commencé quand je lui avais proposé un thé.


- Un café, si tu préfères ?


- Non... je vais me contenter de prendre un petit métis.


La formulation m'avait dérangé, je ne parviens pas à me l'expliquer, peut-être parce que je m'étais senti relégué au rang d'objet de consommation, peut-être parce que cette classification stupide dont j'avais oublié depuis longtemps qu'elle pouvait me concerner n'était pas digne de me représenter (je me suis souvent senti être un mélange de beaucoup de choses mais jamais celui-là), ... Quoi qu'il en soit le sourire qu'il affichait en disant ça, la façon qu'il avait eu de me prendre dans ses bras juste après - mièvre, presque condescendante - m'avaient perturbé encore un peu.


Un peu plus tard, nous étions en train de baiser, au beau milieu, quand j'avais réalisé que ses petits yeux de lézard, les mouvements de son corps, même ses caresses, tout chez lui m'exaspérait. Après avoir poussé quelques soupirs qu'il avait du prendre pour de la satisfaction, je n'en pouvais plus, je m'étais allongé sur le côté du lit pour mettre de la distance entre nos deux corps et j'avais pensé avec amertume à une cigarette qui, en plus de me calmer, nous aurais encore mieux séparé. J'avais cherché l'heure et l'avais trouvée, soulagé, tout à fait décente pour son retour chez lui. Malheureusement, il n'avait pas semblé perturbé par mes sautes d'humeur et après une conversation où l'accablait son manque d'ouverture, j'avais compris qu'il commençait à s'endormir.


Je ne trouvais pas la force de lui dire que je préférais qu'il s'en aille et fulminais sans parvenir à me résigner. Cette situation me semblait insupportable, je me sentais prisonnier dans mon propre appartement. Dix minutes plus tard, il ronflait à plein régime et, moi-même, de rage las, je commençais à somnoler quand, juste avant de sombrer, au bord du précipice j'avais pensé :


« C'est pas possible, tu ne peux pas te laisser faire de la sorte. Aie confiance en toi, tu es dans tes murs, tu fais ce que tu veux. Tu l'emmerdes ! ».


Alors, je sautais du lit en lui disant :


- Ecoute, je n'arrive pas à dormir, 2 h du matin c'est beaucoup trop tôt pour moi. Je vais dans le salon, faire un tour sur le net. Ne sois pas surpris, je m'assoupirai certainement sur la banquette.


Je lui laissais juste le temps de grommeler « Ah bon ? », j'attrapais une couverture dans mon armoire et partais sur la pointe des pieds mais sans me retourner.


Dans le séjour, quel soulagement, j'étais tiré d'affaire, j'avais réussi à ne pas me laisser envahir tout à fait. La tension s'amenuisait tandis que, sur l'ordinateur, j'ouvrais des pages et des pages, savourant ma liberté jusqu'à ce que la nuit s'éclipse. Je me sentais un peu coupable mais je me forçais à ne pas y prêter trop attention. A l'aube, je me dis qu'il serait de bon ton de retourner dans ma chambre, j'hésitais un long moment mais ça n'aurait été que pour plaire au parasite et ça aurait ravivé ses ardeurs. J'éteignais la lumière et trouvais Morphée en quelques secondes.


Je pensais me réveiller dans de meilleures dispositions mais c'est tout le contraire. Je suis irritable comme un nouveau né privé de repos. Il reste encore un moment, qui me semble une éternité, à me regarder puis comprend enfin qu'il serait mieux chez lui et se décide à aller s'habiller dans ma chambre. Mes paupières se ferment toutes seules et quand je les rouvre, je sursaute à nouveau. Il a traversé l'appartement sans que j'entende un de ses pas.


- Mon Dieu, tu es là ...


Il est silencieux comme un serpent.


- Tu es plus discret qu'un chat !


Il rit doucement en enfilant sa dernière peau et revient m'embrasser.


- Allez, je te laisse dormir. On s'appelle ?


- Uh umm. Rentre bien.


Dès qu'il a passé la porte, je me lève pour la fermer à clefs, j'allume les lumières et me prépare un thé. Je téléphonerais bien à quelqu'un pour lui raconter ma nuit même si au fond, il ne s'est rien passé d'intéressant. Je me sens trop libre pour me rendormir tout de suite, j'emporte mon ordinateur dans la chambre et me plonge dans un épisode de la série télévisée qui m'occupe en ce moment.


Deux semaines plus tard, le serpent envoie un message pour faire mine de prendre de mes nouvelles.


Je ne réponds pas. Jamais.


 


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17/01/2010

17/01/10 - 05:51

Pauvre pécheur

 






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16/01/2010

16/01/10 - 05:08

Sortie 4

 



Les gens que je rencontre me donnent envie d'être seul. J'ai beau fouillé la botte de foin, je tombe rarement sur un semblable. Dans une salle d'attente, avant-hier, je n'ai même pas répondu à la conversation qu'on me proposait. Tremblement de terre, météo hivernale, inflation, Nicolas ... J'ai tourné la tête, je n'ai rien à dire sur ces sujets qui m'indiffèrent, je n'ai plus envie de me tracasser à trouver des formules consensuelles pour satisfaire ces inconnus ennuyeux.


La vie est mon unique passion. J'aime que les gens me racontent leur histoire, en long, en large, et je suis prêt à faire de même pour peu qu'ils s'intéressent. Je ne supporte plus ceux qui se protègent d'on-ne-sait-quoi en auréolant de secret leur existence insipide, comme si des journaux à l'affut crevaient d'en dévoiler le vide à leurs lecteurs passionnés.


C'est aussi pour ça que François m'attire. Pour notre premier rendez-vous, je l'ai retrouvé dans ce café artistico-chic où je n'étais pas revenu depuis qu'il avait été le théâtre d'un autre coup de cœur, des années plus tôt. Il se racontait avec un foisonnement de détails et je buvais ses paroles. Non seulement son parcours était original mais je crois qu'il était capable de rendre n'importe quelle anecdote intéressante. J'ouvrais seulement la bouche pour l'encourager à poursuivre. J'avais terriblement envie de l'embrasser, je le regardais bouger, m'émerveillais de son allure si hétérosexuelle et le désir montait, exacerbé par la frustration de ne pouvoir le toucher et parce que je savais qu'on se quitterait dans la rue, qu'il n'y aurait pas de suite immédiate, aucun corps à corps en perspective. Dehors, au moment de se laisser, il m'a pris dans ses bras et j'ai vacillé légèrement. Mes lèvres ont cherché son cou mais je ne pouvais pas m'y attarder.


Le soir, il m'envoyait un message pour me dire qu'il avait perçu mon émotion et qu'il éprouvait quelque chose de particulier pour moi. Ravi, je lui répondais que c'était réciproque et lui proposais de passer l'après-midi ensemble deux jours plus tard, dernière opportunité avant mon billet retour pour la ville Satan.


Cependant, le lendemain, sardine parmi les sardines du Métropolitain, je traversais Paris pour rencontrer un autre garçon quand mon téléphone m'avertit de la réception d'un courrier. C'était François qui me parlait du Destin cabochard qui décide parfois d'empêcher les choses de se réaliser. Il devait quitter la ville dans l'urgence, on ne pourrait pas se revoir avant mon départ. J'aurais du être triste mais j'étais subjugué. Dans cette cohue, prisonnier du mouvement qui me conduisait inexorablement vers un autre carrefour, je me sentais si proche de ce dont il m'entretenait. Peut-être que je ne le reverrais effectivement jamais, que ma route n'allait pas dans cette direction mais il était grisant de se dire qu'une telle route existait bel et bien, qu'il était impossible de se perdre complètement, qu'il suffisait de se laisser conduire jusqu'à la prochaine station et d'ouvrir grand les yeux pour accueillir ce qui attendait là bas.


Je suis un éternel étranger, une lesbienne d'un autre genre égarée au milieu d'une meute de pédés par les affinités masculines de son désir amoureux (c'est tellement évident), et la dernière personne, peut-être la seule, à me comprendre, à m'entrevoir vraiment, avait été Elohim, deux ans auparavant. Aussi aérienne fût notre relation - à tel point que le terme «relation » paraît inapproprié - aussi contestables fussent par conséquent les sentiments que j'avais éprouvé pour lui, Elohim était la créature la plus proche d'un semblable qu'il m'ait été donné de croiser depuis bien longtemps. S'il me plaisait beaucoup, j'avais le sentiment que François, quant à lui, méprisait mon âme, ne cherchait même pas à la découvrir. Il était séduit par mon physique et il aimait me parler parce que je savais l'écouter. Son dialecte me rappelait mon langage et c'était très agréable mais j'étais rassuré à l'idée que le destin puisse me préserver de mon attirance pour lui.


 



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04/10/2009

28/09/2009

28/09/09 - 21:06

Parenthèse

 




Certaines sont mères. Pour d'autres, il s'agit d'ouvrir les jambes et de laisser passer ce qui veut entrer puis de les écarter encore quelques mois plus tard afin d'expulser ce qui hurle pour sortir, ça ne va guère plus loin.


Ma mère est morte en janvier, peu importe le nom qu'on donne à ce qui reste.


Bien des contractions abdominales après, des kilomètres en plus, des kilogrammes en moins (dans la nuit : disparaître), mes séjours là-bas ne devraient être que des escapades mais j'ai fait du reste de ma vie, du quotidien, une gigantesque parenthèse et je ne m'offre qu'à là-bas.


Je ne m'attache plus à rien ni à personne, est-ce qu'on s'attache à ses voisins dans la salle d'attente d'une gare ?


Il y a si longtemps que je suis un voyageur que l'idée de poser mes bagages est un peu effrayante. Ca ressemble à ne plus rien espérer, ça ressemble à la mort.



 


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15/08/2009

15/08/09 - 02:49

Sur ma route

 


Je fais apparaître des billets de banque sur les trottoirs, tu projettes des rollers sur les boulevards. Sommes-nous seulement un des jouets de Paris ? Que lui importe ?! Des millions d'autres la piétinent ce soir...


Lui, je ne suis pas là pour voler sa place, il m'a fallu si long temps pour trouver la mienne - ni trop étroite, ni trop lâche - que je ne la perds plus des yeux. Je vogue sur ma ligne, qu'elle file ou qu'elle bouchonne, qu'elle soit droite ou tordue, je n'en poursuis pas d'autre.


Je te connaissais déjà, voilà, je sais qui tu es, mes neurones n'y sont pour rien, je retrouvé ta trace tout au fond de moi, j'ai suivi les quelques cailloux que tu avais laissés là pour que je te rejoigne.


Tu es beau, mon ami, nu comme moi dans ce halo de vérité. Je ne crois pas qu'on puisse se trahir si loin des faux semblants et des vaines espérances.


Quelques jours encore et je repars dans le gris et le froid. J'ai un peu peur, juste un peu mal.


Je reviendrai.


 


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02/06/2009

02/06/09 - 20:32

Perturbé



Il est bientôt 4h, il doit se lever à l'aube, ce n'est pas le moment d'avoir cette conversation et ça va sembler incohérent mais il faut absolument que je le dise, maintenant.


- Tu sais, sexuellement on ne correspond pas vraiment...


- Pardon ?


- Je ne ressens pas pour toi une attirance phénoménale.


- Tu me dis ça après ce qu'on vient de faire ?


- Oui, je sais, ça doit avoir l'air bizarre.


- Plutôt, oui...


Evidemment il me demande de développer. Je me sens triste, je ne voudrais pas lui faire mal ni qu'il se remette en question, j'ai de l'affection pour lui.


- J'aime les grands mecs, un peu ours...


- En gros, je ne suis pas ton style ?


- Ce n'est pas aussi tranché mais il y a de ça...


Je n'arrive pas à m'exprimer clairement, je tourne autour du pot et à mesure que je parle, je ne suis même plus très sûr de ce que j'avance.


- Je ne sais pas trop où j'en suis.


- Je vois, tu es un peu perturbé comme garçon...


- Perturbé ? Non, je ne suis pas perturbé. Disons torturé.


Est-ce que je suis perturbé ? Je me tourne sur le côté pour réfléchir à la question. Je ne me sens perdu comme un marin qui affronterait des vents contraires sur un vieux rafiot fatigué mais je ne pense pas être perturbé. Pourtant, son ex a raison, je vais le faire souffrir, c'est de plus en plus évident. Et maintenant, pourquoi est-ce que j'ai envie de le serrer contre moi ? Est-ce que c'est seulement parce qu'il est là ? Je me retiens un instant puis je le prends dans mes bras quand même, tant pis. Il a l'air de dormir, peut-être qu'il ne s'en rendra pas compte. Il finit par lancer d'une voix neutre :


- Ce n'est pas logique.


- Non, c'est vrai, je me faisais la même remarque !


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28/05/2009

28/05/09 - 13:26

Dérive


Bien sûr que ce ne sont que des copains de fortune ... Ce soir, j'ai écouté leurs blagues racistes et je me suis fermé. Je suis resté silencieux, à me maudire moi-même de me trahir si souvent pour un peu de compagnie. J'étais là sans y être, je n'avais plus envie de faire bonne figure. J'étais avec les mauvaises personnes, j'étais aussi au mauvais endroit. Qu'est ce que tu ferais à ma place cher journal ? Qu'est-ce que tu ferais quand la nuit est devenue si sombre qu'on n'y voit plus d'issue ? Serais-tu capable de survivre sans horizon et d'affronter la dérive complètement seul ? Trouverais-tu encore des mots au fond de toi ?



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09/05/2009

09/05/09 - 07:30

Oiseaux de nuit


Je ne sais pas si Laurent est un ami, si c'est un copain de fortune, je ne sais pas si je le laisserai sur le quai au prochain départ, je sais seulement que je ne l'oublierai pas, je n'ai oublié personne.


Laurent porte un éclat que rien ne saurait éteindre, c'est son côté « folle suprême » qui me séduit surtout. Quand nous sommes réunis, sa seule présence m'oblige à assumer ce que je suis. Lui, il n'a jamais honte de lui-même. Fashionista impeccable, « garçon-fille à l'allure stupéfiante », il marche dans la grisaille de la ville Satan d'une élégance snobe comme on marcherait sur la croisette ou sur un podium, il illumine tout ça.


Depuis presque un an, plusieurs soirs par semaine, nous sortons boire un verre avec Daniel avant d'aller faire un tour dans le lieu de drague pédé, à la périphérie. La plupart du temps, nous restons dans la voiture à bavarder en regardant le manège. Parfois Daniel pousse à fond le son de son autoradio qui joue du Bach, du Saint-Saëns ou des morceaux de Michel Legrand. Ils font tous la gueule ou la belle, seuls dans leur coin, ça nous fait rire d'être anachroniques et que ces gens puissent nous prendre pour des cinglés. Il me tarde d'aller bientôt déambuler là bas avec ces loups « face à main » qui nous font rire bêtement, histoire d'en rajouter.


Ce soir nous sommes allés prendre l'air à la campagne, nous y avons oublié l'heure et en rentrant au milieu de la nuit, Daniel a tenu à s'arrêter devant la chapelle du cul. Nous fumons une cigarette dehors dans un des parkings quand Laurent reconnait son ancien ami dont il est toujours très épris. Il marche dans notre direction, probablement intrigué par ce petit groupe aux dispositions incertaines. Laurent s'avance vers lui, reconnaissable entre mille mais l'autre fait demi tour pour ne pas lui parler et disparait dans sa voiture de sport.


Quelques instants plus tard Laurent est effondré sur la banquette arrière, sa tristesse m'envahit, son angoisse me paralyse comme si c'était la mienne, à tel point que je ne sais pas quoi lui dire pour le réconforter. La nuit était magnifique, la soirée excellente et puis ... c'est la vie. Quand nous le déposons devant son immeuble, je m'interroge. Je découvre que j'ai plus d'affection pour lui que je voulais le croire. Je ne sais pas si c'est un ami mais, bien souvent, il jette des paillettes sur ma nuit...


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07/05/2009

07/05/09 - 03:56

Les autres

 



- J'ai parlé de toi avec mon ex.


- Ah bon ??!


- Il se demande si cette relation est bonne pour moi, il la trouve ambigüe.


Ca ne se passait pas trop mal et voilà qu'il me dit ça, je sens la colère qui pointe le bout de son nez. Nos rapports lui semblent ambigus parce que ce sont des rapports amicaux qui se muent immanquablement en rapports sexuels. Nous nous voyons une fois par semaine environ, nous faisons de longues promenades puis nous dînons ensemble avant de finir dans son lit. Quand je l'ai rencontré il y a quelques mois, il était tellement dans l'attente de vivre une histoire d'amour que j'ai clarifié les choses : je n'étais pas épris de lui et ne le serais certainement jamais. Je lui ai proposé de s'en tenir à une relation purement amicale mais il n'avait pas l'air plus perturbé que moi de jouer sur les deux registres, nous avons donc continué.


- Tu diras à ton ex que nos rapports n'ont rien d'ambigus. En ce qui me concerne, les choses sont on-ne-peut-plus claires et je pense les avoir explicitées. Il ne faut rien attendre de moi. Est-ce qu'on est obligé de définir notre relation, de la mettre dans des cases ? Ne peut-on pas prendre ce qu'il y a à prendre ?


- Oui mais mon ex me connait bien, il pense qu'à la longue cette relation va me faire souffrir.


- Ecoute, je suis une grande personne, je sais à peu près qui je suis et surtout, je sais ce que je veux. Je n'ai pas besoin qu'on me dise ce que je dois faire ni ce qui est bon pour moi. Toi, tu penses quoi ? Pourquoi tu projettes ?


- J'aime bien passer du temps avec toi... Le problème c'est que je risque de m'attacher et de souffrir, ça m'est déjà arrivé...


De mon côté, je n'ai jamais envisagé que je pourrais m'attacher, il est comme la plupart des gens : il m'emmerde. Ce que j'aime chez lui c'est qu'il est profondément gentil et qu'il n'est pas dénué d'humour mais j'ai l'impression de toujours devoir marquer un temps d'arrêt pour l'attendre, dans nos balades comme dans nos conversations. Ca devrait me reposer mais ça me fatigue. Je vais à nos rendez-vous à reculons et si nous en restons là, il se pourrait même que je sois soulagé.


Quand nous nous quittons, peut-être pour la dernière fois, je vais me balader seul au bord de l'eau. J'éteins mon téléphone, j'enfile mes lunettes noires et j'essaie de ne pas regarder les gens. Si mon baladeur fonctionnait encore, je mettrais des écouteurs pour que leurs bavardages ne me rappellent pas qu'ils existent. Sartre dit que l'enfer c'est les autres. Que ce soient eux, effectivement, que ce soit le rapport qu'on entretient avec eux ou avec leur regard, Sartre a diablement raison. Si je parvenais à ne plus voir, à ne plus entendre personne, si je pouvais m'enfouir dans ma bulle, je souffrirais beaucoup moins.



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03/05/2009

03/05/09 - 06:32

Vies de chien


...En fin de matinée, je retourne voir l'ours dans son usine. Quand j'arrive, il est devant le portail en train de discuter avec une femme accompagnée de deux enfants. Je continue à marcher jusqu‘à ce que je trouve un banc, un peu plus loin. Je m'y assois et lui envoie un message pour l'inviter à me faire signe quand il sera libéré. Un quart d'heure plus tard, nous échangeons quelques mots dans le vestiaire, une formalité, ce n'est pas notre conversation qui nous réunit. Il m'apprend quand même que la femme avec qui il s'entretenait n'était autre que la sienne, venue lui donner des nouvelles de son chien, malade de la rate, sur la table d'opération au moment où nous parlons. Il m'embrasse, je relève sa chemise, il baisse mon pantalon.


« Tu m'as manqué, Joaquim » souffle-t-il entre deux baisers.


Les hommes mariés se spécialisent dans ces déclarations. Vous pourriez croire qu'ils ont mieux à faire que penser à vous mais, au contraire, dans leur routine vous représentez l'évasion.


En caressant son torse, je me dis que je l'aime bien, entre cinq et sept mais qu'il ne m'a pas manqué pour autant quand une voiture se gare devant l'usine en klaxonnant. Nous nous rhabillons à la hâte et tandis que l'ours sort, je file me cacher dans la salle de bain qui jouxte les vestiaires.


« Elle est revenue, ferme la porte » me lance-t-il avant de disparaître.


Dans la petite pièce, il fait sombre, je m'assois sur le bord de la baignoire et commence à envisager toutes les éventualités. Peut-être que sa femme a senti qu'il se passait quelque chose de louche, peut-être qu'un supérieur hiérarchique va décider de faire visiter l'usine alors que je suis piégé dans le noir comme un rat ? Que va-t-il inventer si des collègues me découvrent là ? Est-ce que c'est mal de participer à cet adultère ? Comment réagir si la porte s'ouvre sur une épouse furibonde ? Est-ce que l'Univers veut me faire comprendre quelque chose ?


Je reste là une bonne dizaine de minutes puis il vient me dire de sortir. Si le verrou ne fonctionnait plus, est-ce qu'il défoncerait la porte ? Heureusement je peux l'ouvrir sans mal. Derrière, il fait grise mine et je sais déjà ce qu'il va m'apprendre.


- Mon chien est mort


- Arf... Je suis désolé.


- Je suis un peu secoué...


- Je comprends. Tu préfères peut-être que je te laisse ?


- Je n'ai plus vraiment la tête à ça. Je suis navré.


- C'est pas grave, viens que je te fasse un câlin avant de partir


Je n'ai pas envie de l'entendre s'excuser d'être humain. C'est la vie, ça tient rarement dans les cases, ça ne respecte pas les prescriptions. Son affliction ne fait que me le rendre plus sympathique et de toute façon, j'étais surtout venu pour tuer le temps.


- Dis-toi qu'il ne souffre plus, qu'il est heureux.


Je ne trouve rien de plus approprié. Je rentre chez moi un peu triste, pas pour son chien ni pour lui mais pour ma petite personne sans que j'arrive à comprendre pourquoi. L'Univers n'a sans doute pas envie que je reste dans l'ignorance, il est midi, la ville Satan est presque déserte mais je trouve le moyen de croiser un couple d'amoureux qui se bécote dans la rue puis un autre qui se chamaille à la porte d'un restaurant et enfin, près de chez moi, un dernier qui accroche des rubans roses aux essuie-glaces de sa voiture, certainement en vue d'un mariage.


Je me sens peut-être un peu seul ?? Personne avec qui partager la peine d'une disparition, personne à tromper, personne à trahir, personne avec qui se chamailler, personne...


A part toi, cher journal.


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29/04/2009

29/04/09 - 04:11

Le blues de bébé Lou



C'est pas facile bébé Lou, je veux bien te l'accorder. Moi, je pensais être amoureux de lui, lui ne l'était pas de moi, toi, tu m'aimes bien mais je ne suis pas sensible à ton charme. Et puis, le buraliste qui est marié ...


Non, c'est pas facile. Tu t'interroges, tu te remets en question, « je trouve plus la notice », ... Moi je pense à ce que m'avait dit Elohim pour expliquer son manque d'intérêt et je le ressors pour l'occasion. Ca se passe ou ça ne se passe pas. C'est aussi simple et aussi compliqué que ça.


Ca ne te suffit pas, tu sembles avoir besoin de réponses rationnelles.


Qu'est ce que je ferais avec un avocat ? Je préparerais ton cartable, le matin, j'y mettrais des tupperwares remplis de bons petits plats que j'aurais préparés la veille puis je t'embrasserais sur le perron avant d'aller marcher au bord de l'eau, de reprendre mon rien de vie ? Qu'est ce que je te raconterais le soir ? Le gros de mon existence se passe dans ma tête ou en dehors des sentiers battus. Le notable et le marginal ? Ca manque de réalisme, bébé Lou. Je développe un complexe d'infériorité rien qu'à te regarder dans ton prince de Galle.


C'est vrai que tu as de la conversation, que tu sais être intéressant, que tu as un corps parfait et un appendice énorme. J'avoue même que quand tu me sers ta version du blues du businessman en me confiant d'anciennes velléités de devenir comédien, j'aurais presque envie de croire que nos deux mondes peuvent se rencontrer sans entrer en collision mais ...


Je t'ai dit tout ça puis je t'ai regardé partir tristement et j'ai commencé à m'interroger. Au fond ce ne sont que des foutaises, la vérité c'est qu'il manque quelque chose, on ne s'emboîte pas. Je crois que c'est physique. Tu ne m'attires pas plus que ça. Je ne me vois pas t'aimer, tu comprends ?


J'ai failli t'envoyer un message pour te le dire, nous avions été sincères et peut-être fallait-il l'être jusqu'au bout mais comment recevrais-tu cette sentence ?


« Salut, c'est Joaquim. En fait, je dois te l'avouer, physiquement tu ne me plais pas plus que ça. Bonne soirée à toi. Bises. »


Il vaut certainement mieux que tu continues ton bonhomme de chemin. Tu finiras bien par rencontrer quelqu'un avec qui tu t'emboîtes et toutes ces questions idiotes disparaîtront d'elles-mêmes.


Ca ne se passe pas.


Que pourrait-on trouver de plus pertinent ?


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28/04/2009

28/04/09 - 00:41

Fumer excite ma libido


J'aime quand il me sourit


J'aime le buraliste Maman


Je n'aime pas vraiment le buraliste, cher journal - il est marié, ce serait encore une mauvaise voie - mais il me plait beaucoup. Quand je décide d'acheter des cigarettes, je pourrais le faire en bas de chez moi mais je marche deux cents mètres de plus pour l'apercevoir. Son physique n'a pourtant rien de transcendant, d'aucuns diraient qu'il est assez quelconque mais ces choses là ne s'expliquent pas. Il est sympathique, ça compte.


Cet après-midi, après que j'ai craqué, il m'a parlé, je veux dire "parler vraiment", en dehors des civilités, pour la première fois. Certes, nous en sommes restés à une conversation sur les cigarettes mais c'est un bon début et c'était agréable de le regarder s'animer derrière son comptoir. Il m'a appris que le cowboy était toujours le meilleur dealer de l'ouest, m'a renseigné sur les pratiques de ses fournisseurs, sur les consortiums en vigueur, sur sa clientèle. Je fixais ses lèvres et j'essayais de lui faire passer des messages silencieux, d'avoir l'air un peu moins hétérosexuel mais je ne voyais pas comment j'aurais pu être plus entreprenant. Je sais pourtant de source sûre, une conversation avec une commère de mes connaissances, complètement folle, la pauvre, qu'il n'est pas farouche et que d'autres ont eu l'honneur de s'entretenir plus ... intimement avec lui. Ca nourrit mes espoirs de rapprochement.


Maintenant que nous avons ébauché un semblant de dialogue, il faut absolument que je retourne le voir bientôt, autant dire qu'un sevrage complet est inenvisageable. Je sais bien ce que tu dois penser, cher journal, tes raisonnements machiavéliques t'amènent à soupçonner mon esprit malade d'avoir seulement besoin d'un prétexte pour continuer à s'enfumer. Ca m'a effleuré, moi aussi. Je pourrais acheter la presse chez lui, me diras-tu mais il me faudrait alors lire les nouvelles pour ne pas jeter mon maigre pécule par les fenêtres et c'est hors de question, trop d'angoisses en perspective. Peut-être irais-je boire un verre à son comptoir et laisserais-je l'alcool me guider...


A bientôt, cher journal. Je ne t'embrasse pas, mon écran est un peu sale.






marlboro.jpg



FUMER C'EST TRES TRES MAL


(Et puis, même en fumant beaucoup,


peu de chance que tu lui ressembles un jour,


Essaie avec ça)


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